Dans l’ombre des salles

Passionné depuis son enfance de photographie, Philippe profite de sa retraite pour s’y consacrer. Spécialisé dans la photo de spectacle, il se distingue des artistes qu’il photographie dans un jeu d’ombre et de lumière. Eux sont dans la lumière, lui a besoin de rester dans l’ombre des salles pour réaliser ses photos. Rencontre avec un artiste.

Comment t’est venu ton goût pour la photographie ?

J’ai envie de dire : tout naturellement… Mes parents m’ont offert un appareil photo quand j’avais sept ou huit ans. A l’époque c’était des drôles d’appareils, et je prenais des photos souvenirs.  Au lycée je me suis inscris au club photo, j’ai eu un appareil 24-36 argentique,  et c’est parti comme ça ! J’ai même gagné un premier concours à cette époque.

Pendant une longue période je me suis arrêté, jusqu’à mon arrivée comme CPE dans un lycée avec plusieurs troupes de théâtre. Alors j’ai commencé à photographier les représentations des élèves, ce qui m’a redonné le goût de la photo.

De quelle manière pratiques-tu cette passion aujourd’hui ?

Essentiellement dans les salles de spectacle. Musique, théâtre, danse : du spectacle vivant. Je prends des photos pour les troupes locales ou de passage. Et de temps en temps, on m’invite à venir prendre des photos pour tel ou tel évènement.

Ce que j’aime dans la photo de spectacle c’est la dimension de rencontre. Ça me permet d’assister à de beaux moments : répétitions, balances, rencontres avec les artistes dans les loges. Pour les photos de concerts, mes photos sont encore plus belles quand la musique me touche, parce que la communion est réelle.

J’expose aussi de temps en temps, notamment à un festival annuel de musique. Et j’aide des associations et groupes culturels et artistiques.

Quelle serait pour toi la photo parfaite ?

Il n’y a pas de photo parfaite. La photo parfaite on l’a toujours dans la tête. C’est celle qu’on a raté parce que l’on n’était pas prêt à déclencher, et pour laquelle on se dit « oh lala ça aurait été fantastique ! ». La photo parfaite, c’est celle qu’on aurait pu faire.

Ce n’est de toute façon pas ce qui m’importe le plus. Il m’arrive de présenter des photos techniquement imparfaites, mais chargées d’émotions. La photo de spectacle n’est pas une photo studio. Mais c’est toujours subjectif, parce qu’il y a parfois des photos que je trouve très belles et que personne ne remarque.

« Le plus beau compliment du monde c’est quand on me dit ‘on entend encore la musique grâce à tes photos’ »

 Un sujet qui t’inspire ?

Quand l’occasion se présente, le marcheur que je suis photographie au hasard de ses randonnées. Un arbre seul m’inspire particulièrement. Je me demande comment le mettre en valeur.

 Quel matériel utilises-tu ?

J’utilise un boitier 5D MARK III, de chez Canon. Et puis deux objectifs très complémentaires : un Tamron 24-70, et un Sigma 70-200 permettant de couvrir une large distance focale, tout en gardant une grand ouverture constante. Et, plus rarement, un petit fuji X- t20, un peu plus léger.

 Retouches-tu tes photos ?

Oui, une grande partie du travail se fait sur ordinateur. J’essaye de cadrer toujours assez large pour pouvoir ensuite recadrer et donner une autre dimension à la photo. Je ne crois pas trop à la photo qu’on prend et qu’on présente telle quelle, j’aime les retravailler. Je fais beaucoup de noir et blanc en ce moment, et ça me prend du temps. Je peux passer jusqu’à trente minutes à retoucher une photo, même si en général quatre ou cinq suffisent.

Que souhaites-tu transmettre par tes photos ?

Je souhaite traduire les intentions du metteur en scène, en théâtre. Et en musique, les émotions… Le plus beau compliment du monde c’est quand on me dit « on entend encore la musique grâce à tes photos ». Et parfois… je fais la chasse à la grimace !

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Comment réaliser une belle photo de spectacle ?

Il faut trois choses pour une photo de spectacle. Déjà, un bon environnement. Parce que si par exemple le jeu de lumière n’est pas abouti, il est difficile de mettre en valeur ce que l’on voit. Mais il faut surtout de l’anticipation. Et en même temps du hasard.

Il faut observer les musiciens, identifier leurs manies pour les prendre en photo au bon moment. Et parfois, on a de belles surprises. Mais c’est souvent une question de hasard. Anticipation et hasard.

En théâtre, c’est différent : il y a une histoire qu’il faut retranscrire. Alors que face à un concert, si on loupe un instant, c’est loupé pour toujours et tant pis. Quant à la danse, il faut beaucoup de technique, parce que les conditions (l’obscurité notamment) sont souvent peu aidantes.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite s’essayer à la photo de spectacle ?

Je lui dirai d’avoir beaucoup de patience ! D’apprendre à rester discret. Le photographe ne peut pas s’imposer, il doit rester dans l’ombre de la salle. Je conseillerai aussi de lire beaucoup de revues sur le sujet, pour apprendre les classiques avant de se forger un style.

Cela étant dit, oui la photo se travaille, mais quand on a l’œil, une belle photo se fait naturellement, indépendamment du travail théorique et pratique.

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Une photo qui déconstruit

Eric et Ramzy s’y sont essayés en 2007, dans leur film Seuls two, les mettant en scène dans la capitale devenue déserte. Pourtant il semble qu’ils n’étaient pas les premiers à avoir l’idée. VIDERPARIS est un projet exposé en 2001 par le photographe Nicolas Moulin, qui regroupe cinquante vues de Paris, épurées de tout signe de vie.

La ville qui ne dort jamais est rendue muette. Vidée de sa population, de son agitation, de ce fourmillement incessant qui la caractérise. Il n’y a plus ni voitures, ni quelques moyens de transport que ce soit, plus de trace de végétation. Rien qui ne puisse évoquer la vie, somme toute.

Nicolas Moulin a travaillé à partir de photoshop pour réaliser son exposition. Les images ont ensuite été projetées dans une pièce sombre à même le mur, avec une illusion de grandeur nature à première vue (puisque les images font trois mètres par cinq) et sans ordre précis.

https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2012-2-page-177.htm

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http://menilmonde.com/projet-hypocentre/

 

 

 

 

La vie en couleurs

Il y a deux ans, j’ai découvert Jacques Henri Lartigue. Le peintre, l’écrivain, mais surtout le photographe.

Mort en 1986 à l’âge de 92 ans, Lartigue a fixé à jamais ses souvenirs, ses joies, et les visages de ses proches par la photographie. Il y a quelque chose de très intime à plonger dans ses albums, ceux-ci sont emplis de photos de la vie quotidienne, de sa première épouse surnommée Bibi, de Florette avec qui il terminera sa vie, de ses amis, de leurs vacances… Ce sont des photos de famille, annotées avec tendresse, datées et localisées, et qui nous entrainent dans le passé.

 

 

La passion d’une vie

Amoureux de la photographie depuis sa plus tendre enfance, il reçoit son premier appareil de son père à huit ans, et celui-ci ne le quitte plus. Passionné à l’époque d’automobile et de toutes sortes de constructions qu’il fait avec son grand frère, ce sont là les premiers sujets de ses photos.

Longtemps célébré comme le génie du noir et blanc, Lartigue s’est aussi essayé à la photo couleur avec le procédé Ektachrome (qui produit un filtre de couleur) qu’il utilise à partir des années 50, et la redécouverte plus tardive de ces clichés colorés ouvre sur un nouveau pan de son travail, qu’il qualifiait lui-même de plus enchanté grâce à la couleur. Plongeons donc dans un aperçu de cet enchantement…

 

Pour en découvrir davantage, les Editions du Seuil ont publiés en 2015 un très beau libre de Martine d’Astier et Martine Ravache ; Lartigue, la vie en couleur. Cet album regroupe les plus belles photos en couleur de JH Lartigue, et offrent un véritable voyage dans le temps.

 

« Appareil photos jetable autorisé »

A une époque où la photographie numérique avait depuis déjà bien longtemps supplantée l’argentique, cette consigne pouvait avoir de quoi surprendre !

J’étais en 5ème et me préparais à partir en séjour scolaire en Grande-Bretagne…

A une époque où la photographie numérique avait depuis déjà bien longtemps supplanté l’argentique, cette consigne pouvait avoir de quoi surprendre !

J’étais en 5ème et me préparais à partir en séjour scolaire en Grande-Bretagne…

L’accès à l’appareil photos familial m’était interdit – trop délicat et fragile à manier disaient mes parents – et cette simple mention m’ouvrait tout à coup de vastes perspectives de reporter-photographe ! L’appellation tout de même me laissait songeuse. Jeter un appareil, est-ce bien raisonnable ? J’avais un peu de mal à saisir le concept… Quoiqu’il en soit, jetable ou pas, j’avais là l’occasion d’avoir pour la première fois MON appareil photos !

J’ai bien pris soin de veiller à ce que mes parents prennent connaissance de cette autorisation et j’ai, l’air de rien, évoqué l’idée qu’ils achètent un « appareil photos jetable ». Ils ont refusé, j’ai insisté. Ils ont persévéré. Moi aussi. J’ai pleuré, crié, pesté…, ils ont cédé !

Quelques supermarchés plus tard – signe peut-être que le produit est en perte de vitesse ? – nous avons acquis le précieux objet : 36 poses, flash intégré, presque un objet de luxe, en tout cas, malgré son apparence un peu trop cartonnée à mon goût.

Le séjour outre-manche est enfin arrivé. Dès le premier jour, j’ai bien saisi, au regard envieux de mes amies, qu’il y avait deux catégories de personnes : celles qui n’avaient pas d’appareil photos jetable… et moi : seule de ma classe à en posséder un.

L’amitié à l’âge ingrat nécessite des concessions et mon appareil est un peu devenu pendant le séjour – enfin le temps d’enfiler les 36 poses – celui d’une classe entière. Sur le ferry, dans le bus, à l’arrivée, chacun avait une bonne raison de prendre une photo.

C’est peut-être ce que mes parents ont eu le plus de mal à comprendre lorsque…, après avoir réglé un développement au tarif… prohibitif, ils ont découvert nos 36 œuvres collectives !